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Winnipeg, version autochtone

La Fourche abrite également un marché, le Manitoba Theatre for Young People et le Musée des enfants du Manitoba. Plus ancien que le Canada, ce lieu de rencontre permettait aux membres des Premières nations de se réunir.

04 mai 2011
Par  Noah Richler
Imprimez

Des éclats de rire fusent tandis que résonne, dans l’air craquant de l’hiver, le son de lourdes pierres et de lames glissant sur la glace. Nous sommes au confluent des rivières Rouge et Assiniboine, à La Fourche, à Winnipeg, au Manitoba. Des équipes de joueurs vêtus de chandails épais aux couleurs vives se disputent les honneurs d’un tournoi de curling et des amateurs s’élancent sur le plus long sentier de patinage, naturellement glacé au monde. La Fourche abrite également un marché, le Manitoba Theatre for Young People et le Musée des enfants du Manitoba (actuellement en rénovation). Plus ancien que le Canada, ce lieu de rencontre permettait aux membres des Premières nations de se réunir, et plus tard, de faire du commerce de fourrures avec les pionniers dont le poste de traite se trouvait à Fort Garry, à quelques kilomètres de là.

Le lieu de jonction des deux rivières devint un important carrefour commercial, courtepointe d’influences autochtones, anglaises et métisses qui se font sentir encore aujourd’hui. Cette « porte d’entrée de l’Ouest canadien » fut empruntée par bon nombre de nouveaux arrivants qui devaient passer par deux hangars d’immigration avant de pouvoir continuer leur route plus profondément dans les Prairies. C’est également à partir d’ici que l’on prolongea la voie ferrée afin que la police « montée » du Nord-Ouest (l’ancêtre de la Gendarmerie royale du Canada) mette fin à la rébellion métisse. Du début du XXe siècle aux années 1930, cette ville remarquable, plantée au cœur du continent nord-américain, s’est escrimée à construire un chemin de fer – dans l’espoir d’expédier des céréales et autres produits locaux un peu partout – ainsi que de larges avenues qui portaient des noms évocateurs de l’époque des premiers explorateurs – comme Portage – et qui annonçaient des lendemains florissants.

L’avenir prospère imaginé par les premiers bâtisseurs de Winnipeg n’a jamais vu le jour, du moins, pas à l’échelle d’une grande ville comme Chicago. Aujourd’hui cependant, les 150 immeubles du patrimoine du quartier de la Bourse (des visites guidées à pied y sont proposées), avec leurs façades travaillées et ornements de pierre, nous rappellent non seulement l'ambition des Winnipegois, mais témoignent également des surprises que la capitale du Manitoba allait réserver à ses habitants au fil des décennies. Cette ville, qui a été comparée à Brooklyn et à Seattle (aux États-Unis), permet à ses artistes et à ses jeunes de laisser libre cours à leur imagination et à leur création, éléments qui font battre le cœur d’une métropole et qui sculptent son caractère unique. Les usines remises à neuf, qui s’égrènent le long de rues si jolies qu’elles servent souvent de plateaux de tournage, logent des galeries d’artistes et de joailliers (comme Hilary Druxman), des ateliers, des théâtres, des restaurants fins (le Peasant Cookery, notamment) ainsi que des boutiques de mode et de vêtements vintage issus d’une époque qui refuse obstinément de rester dans l’ombre.

Ici, suranné et moderne se côtoient avec élégance. Dans le quartier de la Bourse, sur la place du Vieux Marché (Old Market Square), le Cube, salle de spectacles en plein air primée, tissée d’acier et de verre, se dresse tel un vaisseau spatial parmi une grappe de bâtiments vénérables. Dans le village Osborne, des restaurateurs comme Chris Fougere du Fude Inspired Cuisine and Wine Bar insufflent une belle vitalité à cette rue qui se déploie dans un secteur rétro rafraîchi. Le Musée canadien des droits de la personne, situé à La Fourche et dont l’ouverture est prévue pour 2012, présentera une histoire emprunte d’émotions, entremêlant à ravir le passé et le présent. Sur l’avenue Portage, en face d’une succursale de La Baie (la société de la Baie d’Hudson a été fondée par des commerçants de fourrures et fut, des décennies durant, l'un des emblèmes les plus caractéristiques du pays), se dresse le nouveau centre Buhler, cocon blanc rutilant qui abrite le Plug In Institute of Contemporary Art.

La culture autochtone et métisse est toujours bel et bien présente dans la ville, notamment au cœur d’installations permanentes comme la galerie d’art Urban Shaman Contemporary Aboriginal Art Gallery. Sur la rive opposée se trouve le cimetière de la cathédrale Saint-Boniface où Louis Riel, sans conteste le Métis le plus célèbre qui soit, fut enterré en 1885. S’il fut pendu pour avoir mené la Rébellion de la rivière Rouge, il est aujourd’hui considéré comme le père de la Confédération du Manitoba. Winnipeg est également l’hôte du Manito Ahbee Festival et de son pow-wow, qui gagnent chaque année en popularité, de l’Aboriginal Peoples Choice Music Awards ainsi que du Winnipeg Aboriginal Film Festival, manifestations qui présentent la richesse et l’effervescence de la culture autochtone issue des quatre coins de l’île de la Tortue (c'est-à-dire l'Amérique du Nord).

Chaque année, en février, le Festival du Voyageur prend la ville, les rivières et La Fourche d’assaut, pour redonner à ces lieux historiques leur mission première, celle qu’ils poursuivent depuis six mille ans, soit de permettre à tous de se rassembler et d’échanger, tant sur le plan spirituel que commercial.

www.travelmanitoba.com/fr

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